Le blog-Édito de juillet
Clowns, Famas, tractopelle et barbecue.
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L'été, cette année encore, sera dramatique et théâtral...
On regardera, entre deux anisettes, la collision majeure des plaques tectoniques du fait et de la fiction qui font la chair des mondes structurés, pensants, et libres. En marge des ébullitions démocrates, des magmas post-soviétiques, des laves totalitaires, on croquera une olive en songeant au dernier empereur romain (Romulus Augustule* ou Julius Nepos?), qui vit un monde s'écrouler et n'en connut pas, presque mille ans plus tard, au terme d'un moyen âge hallucinant et halluciné, l'épilogue oriental avec la chute de Constantinople.
Nous, on assistera bientôt au spectacle de jeux olympiques sous haute surveillance, dans la cité des interdits, en espérant que le sacrifice des 300 000 maisons détruites pour élever des stades grandioses permettra, au moins à Laure, de pleurer de joie dans sa nouvelle combinaison d'enfant des eaux. On boira une gorgée d'anabolisants en terrasse, sous des tilleuls centenaires, pour saluer les performances des plus forts athlètes du moment... On somnolera au soleil en espérant que le commerce international d'organes humains des autorités chinoises continue à prospérer après les Jeux.
Du beau jeu donc, comme on en trouve peut-être à Avignon en ce moment, dans le mois d'un festival-fournaise-fourre-tout, au milieu insondable des presque mille spectacles du off: ne pas oublier après l'apéro d'aller faire les courses.
Dans la fraîcheur du rayon des surgelés on pensera à l'étuve du climat tropical humide de l'Amazonie et des forêts du Chocó, un des parcs des FARC. Et devant une carpe congelée on se souviendra de la prière et de la loghorrée (?) d'Ingrid sur le tarmac d'Alvaro Uribe (!) , en se demandant peut-être pourquoi les saintes sont si peu séduisantes lorsqu'elles se mettent en scène et en admettant mollement que la politique, définitivement, fusille l'âme, comme le terrorisme, aveuglément, broie l'insouciance. On notera la promesse de faire de tout ça une pièce de théâtre très bientôt (avant ou après le film-adapté-du-roman-vendu-en-promo-avec-un-tee-shirt-et-une-poupée-enchaînée-à-une-fougère-géante?) ...
En sortant du magasin, on contournera soigneusement le chantier en cours de son probable agrandissement. Enfin on évitera surtout les tractopelles, bulldozer et autres engins à chenilles ou à roues géantes. On ne sait jamais. On efface dans la moiteur de la fin de journée cette pensée saugrenue qu'un homme, soudain, parmi tant d'autres, sous l'effet de la canicule, ou hors de lui à l'annonce de la F.F.F. de conserver Raymond à son poste – mais ligoté et baillonné, on parle d'un échange d'otages avec Bogota... – pourrait démarrer en trombe un des ces tracteurs et lancer ses dix tonnes d'acier à la poursuite d'un titre mondial, aplatissant au passage des enfants, des bébés et leurs mères hurlantes, des hommes figés dans l'horreur du rouleau qui écrase leur corps dans un bruit d'os, de métal et de rage inouïe...
En grillant des tranches de lard et des saucisses, tandis que débute l'invasion du jardin par les voisins, on sourira, un peu honteux, à l'idée farfelue d'en être libéré par des troupes d'élite du 3e RPIMa. Ce serait une bonne blague d'en cacher quelques uns dans la piscine, quelques autres dans les cyprès et de les faire tirer dans le tas, au moment de trinquer à la grandeur de la Nation. Enfin, ils tireraient des balles à blanc, bien sûr, comme au théâtre...
Avant de monter se coucher, on lècherait un sorbet framboise, en matant la fin d'un film gore débile où des étudiants rencontreraient Jack l'Éventreur à Londres. 200 coups de couteau? Débile...
La lueur orangée tamisée de la lampe de chevet révèle à peine ses formes arrondies. Nue sur les draps on observe sa femme qui ronfle un peu. La chaleur et le vin. Un vin italien, romain. Un vin délicieusement décadent. On s'allonge enfin. Elle s'est endormie un papier à la main. On lui retire des doigts tandis qu'elle se tourne en grognant. C'est quoi ce tract? Ah! Une pièce de théâtre. Ici. Demain soir. Gratos. Pourquoi pas. Et c'est sur quoi? Hum hum. Des clowns. Ouais. Au moins on va se marrer un peu. Quoique. Avec un titre pareil. « La lune par-dessus le canal [ et autres fragments] ».
C'est pas sûr.
Cédric David
*lire ou relire Friedrich Dürrenmatt : Romulus der Große